Cantine scolaire : les enfants du 18ème ne peuvent plus manger ça !

Jeudi dernier, à l’invitation des députés insoumis Danièle Obono et Loïc Prud’homme, je participais à l’Assemblée nationale à la rencontre avec le collectif « Les enfants du 18ème mangent ça ». Ce regroupement de parents d’élèves alerte depuis plusieurs mois sur le contenu des assiettes servies aux enfants de l’arrondissement. Une rencontre édifiante…

Les parents d’élèves reviennent d’abord sur ces aliments informes, produits industriels ultra-transformés, proposés à leurs enfants. C’est vrai que ça ressemble parfois à de la nourriture pour  chat… 

Capture d_écran 2018-11-18 à 11.29.27source : https://www.facebook.com/lesenfantsdu18mangentca/

Outre les questions sanitaires que posent la consommation d’aliments pleins de sucres, d’additifs, de conservateurs ou de colorants, ils sont parfois tellement répugnants que les enfants ne mangent pas à leur faim. Comment alors être disponible aux apprentissages ? Comment, dans un tel cadre, assurer une véritable éducation à l’alimentation ?

Le 18ème est le seul arrondissement parisien à avoir délégué à un prestataire privé (la Sogeres, une filiale de Sodexo) la gestion de la cantine. Un marché de 64 millions d’euros. Bien juteux pour l’entreprise de restauration collective. A titre de comparaison, cette dernière facture pour 1 euro de plus que le prix demandé dans le 20ème, arrondissement de taille comparable, chaque repas servi dans le 18ème. Avec 2,2 millions de repas servis chaque année, c’est 2,2 millions d’euros d’argent public qui tombent chaque année dans la poche des actionnaires du géant de la restauration collective. Comment supporter une telle gabegie ?

Plus stupéfiant encore, l’opacité dont la mairie a fait la règle. Impossible d’avoir accès au cahier des charges réellement imposé au prestataire et de pouvoir ainsi savoir si celui-ci est respecté, la version en ligne ayant été modifiée à plusieurs reprises. L’accès des parents d’élèves aux réfectoires, autrefois permise, est désormais empêchée sur ordre. On leur refuse donc la possibilité de savoir ce que mangent leurs enfants ! Refus aussi d’autoriser les journalistes d’Envoyé spécial à filmer la cuisine centrale. On modifie les règles d’éligibilité à la caisse des écoles pour entraver le renouvellement de la représentation des parents d’élèves. On va même jusqu’à invoquer la loi sur le « secret des affaires » pour ne pas communiquer les listes d’ingrédients… Que cache ce refus de transparence, cette mise à l’écart systématique des parents d’élèves ?

Alors qu’elle aurait pu faire le choix d’une régie municipale, la mairie PS du 18ème a décidé, en juillet dernier, de confier pour cinq années supplémentaires la gestion de ses cantines à la Sogeres. Du temps perdu, sacrifié à la routine d’une équipe municipale en place depuis bien trop longtemps et une faute lourde, au regard des enjeux. 

Enjeu sanitaire. Dans le cadre de la commission d’enquête parlementaire qu’il dirige, Loïc Prud’homme a alerté sur les dangers de la malbouffe. Enjeu écologique. A l’heure de l’urgence environnementale, les cantines scolaires sont un levier pour la transition agricole, la sortie des pesticides et de l’agriculture industrielle. Enjeu budgétaire et démocratique. Partout, les régies publiques municipales coûtent moins cher aux contribuables et permettent une co-gestion citoyenne du service public. 

La participation de notre députée, Danièle Obono, à la Caisse des écoles va enfin mettre un terme à l’entre soi qui y règne depuis trop longtemps. Par son intermédiaire, les citoyen.ne.s vont pouvoir demander des comptes et exiger la modification de certaines pratiques. Mais au delà de l’action immédiate (que vous pouvez engager en signant la pétition du collectif « Les enfants du 18ème mangent ça »), notre responsabilité est de travailler à une alternative.

L’alternative est possible, elle existe dans d’autres collectivités qui sont déjà passées à une cantine proposant des menus frais, issus de l’agriculture biologique, locale, préparés sur place par des professionnels formés dans des cuisines décentralisées. L’alternative est indispensable pour la santé de nos enfants et la préservation de la planète. Mais elle exige de tout réinventer. Tout se tient. Il faut faire sauter le verrou démocratique pour remettre en cause la délégation au privé et ainsi pouvoir proposer d’autres menus aux enfants. Modifier un paramètre du système oblige à modifier les autres. Avec les parents d’élèves, les professionnels de la restauration, les agriculteurs, il faut nous préparer à tout changer.

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