Blanquer transforme le baccalauréat en brevet des lycées

Tribune publiée sur le site de Marianne le 29 novembre 2017

Clef de voute de notre système éducatif, le diplôme national du baccalauréat détermine aujourd’hui l’organisation républicaine de l’Ecole en garantissant aux élèves programmes et horaires nationaux. En transformant le baccalauréat en un brevet des lycées c’est l’architecture et les finalités de l’Ecole que le gouvernement s’apprête à modifier.

Comme pour l’examen de fin de Troisième, M. Blanquer souhaite en effet faire évaluer l’essentiel des épreuves du baccalauréat en contrôle continu. Dans la série Economique et Sociale par exemple, deux tiers d’entre elles seraient passées dans la classe au cours de l’année. Le baccalauréat serait ainsi transformé en un diplôme d’établissement. Sa valeur dépendrait alors de la réputation du lycée dans lequel il serait validé. Il en résulterait, pour le plus grand nombre, une très forte dépréciation du diplôme.

Dans le même temps, le baccalauréat verrait sa valeur sociale diminuée. Avec la sélection à l’université, il ne donnera plus droit d’accès à l’enseignement supérieur. Débarrassé de son caractère national, il pourrait également de ne plus être reconnu dans les conventions collectives qui garantissent aux futurs salariés droits sociaux et niveaux de salaires. Bref, comme le brevet des collèges, le bac, demain, ne donnerait plus droit à rien.

Ce projet, déjà écrit, est celui d’une politique à contre temps. Inscrit dans la continuité des rapports de Terra Nova, des plans avortés des ministres de l’éducation Fillon et Darcos, la contre-réforme de M. Blanquer est vieille de quinze ans.

Alors que l’indispensable transition écologique de notre économie exige l’élévation générale du niveau de qualification, le gouvernement s’apprête à fermer les portes de l’université aux bacheliers des voies professionnelle et technologique. Dans la voie générale, le lycée modulaire, plus complexe, profitera aux familles les mieux dotées en capital scolaire, seules à mêmes de tracer pour leurs enfants les parcours individualisés auxquels appelle le nouveau cadre. En opérant de fait un tri, dont pâtiront d’abord les élèves issus des catégories populaires, M. Blanquer prolonge dans son champs ministériel la politique d’un gouvernement des riches désintéressé par l’intérêt général.

Il est temps pour le pays de voir l’ambition éducative l’emporter sur l’étroitesse comptable. Au lycée de chacun, nous préférons le lycée commun. Celui d’un baccalauréat émancipateur qui dote ses titulaires de droits collectifs, qui prépare mieux tous les élèves à leurs poursuites d’études sans chercher à opérer parmi eux la sélection que n’exige que la satisfaction des exigences de Bruxelles. Ce baccalauréat, aux épreuves renouvelées, doit reconnaître l’autonomie, l’esprit critique et créatif, la maîtrise d’une culture commune, humaniste, technique et scientifique, acquise par la fréquentation de savoirs diversifiés. Il est incompatible avec les suppressions d’options et la vision utilitariste de l’orientation auxquelles travaille aujourd’hui le gouvernement.

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