Les annonces de la rentrée

Je sors de ma première journée au lycée. Jetant un coup d’oeil sur twitter je découvre les titres des articles consacrés à la rentrée. Entre quelques portraits vengeurs, ceux du nouveau ministre, rédigés par les persistants soutiens des gouvernements précédents, une pluie de titres reprenant sans les interroger les éléments de langage du ministère.

Il y a un gouffre entre ces écritures lointaines et les conditions réelles de la rentrée scolaire.

Depuis vendredi, jour de la pré-rentrée des enseignants, j’ai écho de nombreuses mobilisations de professeurs, de parents d’élèves, d’élus locaux. Postes non pourvus, médecine scolaire décimée, autoritarisme de l’administration, retour brutal à la semaine de 4 jours… Cette année certaines écoles sont littéralement paralysées par la suppression des 23 000 contrats aidés. Je veux donc donner ici quelques éléments à mes lecteurs pour leur permettre de décrypter la propagande gouvernementale et, je l’espère, trouver les arguments militants nécessaires en cette rentrée 2017.

Sur les classes dédoublées

L’annonce de la diminution à 12 du nombre d’élèves par classes dans les CP de l’éducation prioritaire constitue à n’en pas douter l’annonce forte de cette rentrée. Elle manifeste une forme de volontarisme et suggère une importante mobilisation de moyens. Il n’est d’ailleurs pas contestable qu’une réduction des effectifs par classe soit vertueuse. Nous la proposions dans le livret éducation de la France insoumise, en particulier en maternelle.

L’objectif atteint en cette rentrée est d’abord limité, au regard même des engagements du candidat Macron. Il ne concerne en effet qu’une part des établissements d’éducation prioritaire, les écoles REP + (c’est à dire les écoles les plus en difficulté des Réseaux d’éducation prioritaire) et les seuls CP.  Pendant sa campagne, le candidat d’En Marche indiquait vouloir parvenir à la baisse des effectifs par classes en CP et en CE1 et ce dans l’ensemble des établissements d’éducation prioritaire (REP et REP+).

Si le nouveau ministre doit procéder par étapes, des doutes importants pèsent cependant quant à sa capacité à atteindre l’ensemble des objectifs affichés. La suppression de 120 000 postes dans la fonction publique – à laquelle il est manifestement prévu que l’éducation nationale participe – autant que l’orthodoxie de la politique budgétaire gouvernementale rendent cette réalisation très improbable.

Par ailleurs, dans un contexte d’austérité, l’amélioration des conditions d’études dans certaines classes ou établissements conduit à la dégradation de ces mêmes conditions dans d’autres. C’est le fameux « déshabiller Paul pour habiller Jacques ». Dès cette rentrée, les professeurs affectés aux dédoublements des CP en REP + manquent parfois à d’autres niveaux (y compris dans l’éducation prioritaire) ou dans d’autres établissements. Là, les effectifs par classe augmentent.

La « priorité au primaire », qui s’inscrit dans la continuité du quinquennat précédent, conduit par exemple, dès lors que les impératifs budgétaires continuent de l’emporter sur la satisfaction des besoins éducatifs, à une dégradation considérable des conditions d’études au lycée. Le principal syndicat enseignant constate ainsi que la part des classes des lycées publics comptant de 35 à 39 élèves est passée entre 2012 et 2015, de 25 % à 41%.

Mais surtout, la mesure phare de la première rentrée du quinquennat Macron témoigne d’une forme d’impensé sur le plan pédagogique. Tous les élèves rencontrant des difficultés scolaires ne sont pas scolarisés en éducation prioritaire de même que tous les élèves de l’éducation prioritaire ne sont pas en difficulté sur le plan scolaire. Dès lors concentrer la quasi totalité des moyens de remédiation aux seuls REP relève davantage d’une opération de communication que d’une politique éducative cohérente. En privant notamment le dispositif « plus de maitre que de classes » de milliers de postes pour financer sa politique, le gouvernement fait disparaitre des professionnels de la remédiation intervenant dans tous types d’établissements dès lors qu’un besoin éducatif est identifié. C’est une faute, autant pédagogique que politique.

Sur le budget de l’éducation nationale

La presse a abondamment relayé l’annonce d’une augmentation du budget de l’éducation nationale… en 2018. Elle aurait du rappeler que pour l’année 2017 celui ci est d’ores et déjà amputé de 75 000 000 d’euros, une décision prise en juillet, à l’heure où la priorité du gouvernement était à la réduction du déficit et à la satisfaction de Bruxelles.

Cette coupe brutale affecte directement les conditions d’organisation de cette rentrée. Elle conduit par exemple à des suppressions de postes d’AED, les surveillants dans les collèges et les lycées. Les établissements du second degré se voient d’ailleurs retirer 19 millions d’euros alors même qu’ils accueillent 50 000 élèves supplémentaires cette année.

La réalité est donc celle d’une diminution du budget de l’éducation nationale dans un contexte d’augmentation des effectifs scolaires. L’augmentation promise est renvoyée à un débat budgétaire qui n’est pour l’heure même pas convoqué. Comme tout promesse, à ce stade, elle n’engage que ceux qui la croient…

L’annonce de M. Blanquer relève enfin d’un artifice grossier. M. Blanquer est en effet ministre de l’éducation nationale mais aussi de la jeunesse et de la vie associative. Ces deux derniers domaines étaient autrefois rattachés au ministre des sports et leur budget avoisinait 500 millions d’euros. Une bonne part de la hausse annoncée par le ministre relève donc d’un simple transfert de lignes de dépenses d’une administration à une autre.

 

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