Le Bac et le Code du travail

Evoqué dans le programme du candidat Macron, présenté dès l’arrivée de M. Blanquer rue de Grenelle, précisé lors du discours de politique générale du Premier ministre, le projet de réforme du baccalauréat s’affiche comme l’une des priorités de la nouvelle majorité.

On comprend pourquoi. Le gouvernement, qui s’apprête à légiférer par ordonnances sur le code du travail, veut saper les bases de la qualification. Cette dernière, reconnue dans les conventions collectives, garantit aux salariés des niveaux de rémunérations et des conditions de travail particulières. Le baccalauréat est ainsi incompatible avec le projet macronien de dislocation de l’ordre social républicain.

En amont, le gouvernement remet en cause le caractère national du diplôme en instituant, par l’introduction massive du contrôle continu, des bacs dont la valeur variera en fonction des lycées. En aval, en réléguant dans les tréfonds de l’ordre social les conventions collectives il précipite avec elles les droits attachés aux qualifications. Implacable politique. M. Macron s’attaque simultanément à la hiérarchie des normes et à la qualification, fondements de la République sociale. Jean Jaurès disait  » la grande Révolution a rendu les français rois dans la cité et les a laissés serfs dans l’entreprise« . Au prix de décennies de luttes, les salariés ont arraché des droits dont le Code du travail est l’une des synthèses. C’est tout cela que le gouvernement conservateur s’apprête à mettre en cause.

Le projet de réforme du baccalauréat révèle par ailleurs un projet pour l’Ecole. Avec le bac Macron, réduit à quatre épreuves principales se dessine une Ecole minimaliste. Le nouveau bac n’a manifestement ni l’objectif de promouvoir une culture commune, ni celui d’émanciper les élèves par le savoir. Utilitariste, il est pensé comme une étape dans un parcours qui n’a pour finalité que l’insertion dans le monde du travail. Cette dernière ne doit pas être ignorée mais dans le monde ubérisé de Macron, elle sera abandonnée à un régime concurrentiel que dessine le fondement inégalitaire des contre-réformes éducatives à venir. En mettant de fait un terme au caractère national du baccalauréat, le gouvernement exacerbe la logique de l’offre au sein du système éducatif. Demain la valeur du baccalauréat risque de dépendre encore davantage de celle du lycée dans lequel il aura été passé. Pour les élèves, pour les familles c’est l’avènement d’un cadre ultra-concurrentiel dans lequel les logiques de marques d’établissements agiront comme préludes à la marchandisation de l’Ecole.

Certes, il faut repenser le baccalauréat, renouer avec des exigences intellectuelles plus hautes et plus émancipatrices.  Les partisans de sa liquidation arguent du fait qu’il ne prépare pas suffisamment les lycéens à leurs poursuites d’études dans le supérieur. C’est sans doute vrai. Mais à cette question fondamentale, le gouvernement ne répond pas autrement qu’en s’apprêtant à exiger des « pré-requis » pour chaque filière c’est à dire à instaurer la sélection à l’université.

En dernière instance, cette politique est guidée par la recherche permanente des coupes budgétaires nécessaires à la satisfaction de Bruxelles et des partisans de l’affaiblissement de l’Etat. M. Blanquer, grand administrateur de la destruction de 80 000 postes dans l’éducation nationale sous Nicolas Sarkozy, s’apprête à reprendre son tablier. Un récent audit de la Cour des comptes laisse apercevoir le retour de la politique du non remplacement d’un départ de fonctionnaire à la retraite sur deux, y compris dans l’Education nationale. A l’heure de l’annonce de la poursuite du gel du point d’indice, c’est bien l’austérité qui corsètera l’ensemble des politiques éducatives. Les annonces de M. Blanquer sur les effectifs en classes de CP en REP +, largement financées par la destruction du dispositif « plus de maîtres que de classes », se révèlent pour ce qu’elles sont : de la poudre de perlimpinpin.

Il y a bien mieux à faire. Le baccalauréat se « bachote ». Triste perspective pour ses candidats comme pour la société qui perd là une occasion d’élever ses enfants à d’autres exigences que des exercices formels. La poursuite d’étude est aujourd’hui indispensable à la hausse générale du niveau de qualification que nécessite la réalisation d’objectifs politiques fondamentaux tels la transition écologique de notre économie. Il faut donc prendre en charge au lycée de façon beaucoup plus approfondie la préparation des élèves à l’autonomie nécessaire à leur réussite dans l’enseignement supérieur. En articulant le baccalauréat et ses épreuves à cet objectif nous pourrions y parvenir. Une piste pourrait être la mise en place d’un nouveau calendrier, organisé autour de deux sessions durant l’année de terminale. Il y aurait là un moyen de rompre avec un bachotage étroit et de conserver l’indispensable caractère national et égalitaire de la clef de voute de notre système éducatif.

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Une réflexion sur “Le Bac et le Code du travail

  1. Dans le processus actuel nous nous dirigeons vers un marché scolaire, déjà bien entamé par les différentes réformes de la carte scolaire et d’autonomie des établissements.

    Le baccalauréat et une réforme des lycées n’est qu’une des manifestations d’un processus de fond bien engagé.

    Un marché scolaire à l’anglaise avec recrutement des enseignants par les chefs notation par les élèves et les parents, concurrence salariale pour les personnels.

    Les conséquences sur les élèves seront très simples : un « bac » aura plus ou moins de valeur. Le classement des établissement, créé en 2001, continuera de jouer ce rôle de discrimination « objectif » Et le lycée validera un certains nombre de compétences rendant employable sur le marché du travail tel que le souhaite ardemment le MEDEF.

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