Intervention devant la FCPE

Samedi 25 mars, je représentais Jean-Luc Mélenchon devant la FCPE qui organisait ce jour là son grand oral des candidats à l’élection présidentielle. Vous trouverez ci-dessous le verbatim de mon intervention. Merci aux organisateurs de cette journée. 

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Madame la présidente,

Mesdames et Messieurs les secrétaires généraux,

Mesdames et Messieurs les présidents de fédération départementales,

Mesdames et Messieurs,

Permettez moi d’abord de vous remercier, Madame Moyano, pour votre invitation, de remercier les organisateurs et les bénévoles qui contribuent à la réussite de cette journée et de remercier la FCPE pour sa contribution à l’organisation du débat public sur l’École en conviant les candidats à l’élection présidentielle et leurs représentants à venir exposer leur programme éducatif ainsi qu’à répondre, directement, aux questions issues de la consultation que vous avez engagé. 

Je vais vous décrire les grandes orientations de notre projet, celui de la France insoumise et de son candidat, Jean-Luc Mélenchon, mais avant de détailler nos propositions, je dois m’arrêter, un instant, sur le contexte dans lequel notre programme se propose de se déployer. C’est celui d’une Ecole publique affaiblie par dix années de politique caractérisées, dans une large mesure, par leur continuité. 

-années d’austérité qui ont dégradées les conditions d’apprentissages des élèves : absences de professeurs non remplacées, hausse du nombre moyen d’élèves par classe…

-années d’une litanie de contre réforme libérales (Chatel, Peillon, Vallaud Belkacem) creusant les inégalités entre établissements 

-années caractérisées par le triomphe de l’idéologie du socle commun, introduit par François Fillon et prolongé par le Parti socialiste, socle commun porteur d’une vision minimaliste et utilitariste de l’Ecole.

Ce sont ainsi les finalités de l’Ecole publique qui sont aujourd’hui interrogées. Là où l’Ecole devrait former des consciences libres et autonomes, elle tend à formater des individus employables et soumis aux exigences du marché. 

Nous voulons donc redonner du sens à l’Ecole, élever dans un même élan l’Homme et la Femme, la travailleuse et le travailleur, la citoyenne et le citoyen, permettre à l’individu de se réaliser dans toutes les dimensions de son existence. 

Tous les élèves sont capables, nous voulons les instruire, les qualifier, leur apporter le savoir et la culture, aiguiser leur esprit critique et développer leur sens créatif. 

Je vais donc à présent évoquez les deux grandes dimensions de notre projet éducatif, c’est celui d’une Ecole de l’égalité et de l’émancipation.

Nous voulons l’Ecole de l’Egalité.

L’école de l’égalité c’est d’abord l’école gratuite. La gratuité, principe fondateur de l’obligation scolaire est pourtant gravement mis à mal. Vous mesurez d’ailleurs à 40% la part des familles contraintes de payer pour permettre l’accès de leurs enfants aux ateliers périscolaires à un moment où le coût des transports ou des cantines ne cesse de s’accroître. Nous proposons donc un plan de gratuité intégrale : manuels, matériels sans marque, cantine bio, périscolaire et sorties scolaires. C’est la condition de l’égal accès de tous au service public de l’éducation.

L’Ecole de l’égalité c’est aussi l’école de la mixité sociale. Alors que la ségrégation scolaire est plus forte, qu’une logique de l’offre, de mise en concurrence des établissements est exacerbée par la territorialisation de l’École, nous voulons refondre la carte scolaire en y intégrant les établissements privés pour entraver les mécanismes de contournement. Afin de garantir la mixité au sein des établissements nous veillerons à la répartition des options au collège et au lycée sur plusieurs classes. Enfin nous mènerons, en faveur de l’éducation prioritaire, une politique d’allocation des moyens permettant de répondre aux besoins éducatifs, émancipée des impératifs comptables qui ont dirigé la réforme de 2014 menée à périmètre constant alors que la pauvreté (récemment mesurée par un rapport de l’IGEN) et les inégalités n’ont jamais été aussi fortes. 

L’École de l’égalité est une École intégralement républicaingarantissant l’égalité de traitement de l’ensemble des élèves en renforçant le cadre national des programmes, horaires, statuts des enseignants, diplômes. Nous abrogerons donc l’ensemble des dispositifs conduisant à la balkanisation du service public d’éducation : contre réforme Chatel du lycée, contre réforme du collège, décret Peillon, dispositif de régionalisation de la carte de la formation professionnelle. 

L’École de l’égalité c’est une école inclusive. Nous engagerons un plan de titularisation et de formation des AVS et augmenteront le nombre des enseignants référents pour la scolarisation des élèves handicapés.

L’École de l’égalité c’est enfin celle qui prend pour point de référence l’élève qui n’a que l’école pour apprendre. L’accès à la culture de tous les élèves est de ce fait une priorité : dans le premier degré nous reviendrons sur la réforme des rythmes scolaires. Nous ne pouvons en effet nous satisfaire ni des garderies, ni des ateliers payants. Pour garantir l’accès de tous les élèves à des enseignements artistiques et sportifs de qualités, dispensés par des enseignants recrutés sur concours en prenant pour référence le corps des professeurs de la Ville de Paris que nous étendrons à l’ensemble du territoire. Dans le second degré nous crérons dans chaque établissement une association culturelle, sur le modèle des associations sportives, et élargirons le corps des professeurs d’éducation socio culturelle de l’enseignement agricole à l’ensemble des établissements disposant d’un internat et de l’éducation prioritaire. Nous proposons enfin  de développer le dispositif « création en cours » en faisant passer le nombre de résidence d’artiste en établissement scolaire de 100 à 300 sur le quinquennat.

L’émancipation, individuelle et collective, est la boussole de notre projet éducatif. 

Emanciper c’est instruire pour libérer des affres de l’ignorance. Seule  richesse  qui  augmente  pour  chacun  quand on  la  partage  entre  tous,  le  savoir en grandissant l’individu, grandit la société dans laquelle il vit. Il faut d’abord donner plus de temps pour acquérir et maîtriser les savoirs et pour la réussite dans les apprentissage. Nous porterons ainsi la durée de la scolarité obligatoire de 3 à 18 ans, instaurerons un droit à la scolarisation dès 2 ans, reviendrons au bac pro en 4 ans, restaurerons la demi journée de classe supprimée par la droite dans le premier degré. Nous crérons par aileurs un service public du soutien scolaire gratuit. Dans le même temps, nous redonnerons toute leur place, au collège et au lycée, aux disciplines. Nous refondrons la formation initiale et continue des enseignants afin de leur garantir l’acquisition d’un solide culture pédagogique leur permettant de faire face à la diversité des situations d’apprentissages auxquels ils sont confrontés au cours de la carrière, d’une classe à l’autre, au cours même de l’année face à des élèves qui évoluent, c’est d’ailleurs le propre des élèves…


Emanciper, c’est qualifiecar la qualification  est  la  garantie  d’une  maîtrise professionnelle. Reconnue par  les  conventions  collectives,  elle  est  source  de  droits  sociaux.  À  l’heure de  l’inversion  de  la  hiérarchie  des  normes,  elle  est  l’un  des  fondements  de  la République sociale que nous voulons bâtir. Pour faire face aux évolutions du système productif, il nous faut élever le niveau général de qualification. Nous voulons pour cela développer la voie professionnelle en ouvrant un lycée des métiers maritimes dans chaque département littoral et d’outre mer, garantir sur l’ensemble du territoire un maillage fin de lycées polytechniques préparant aux diplômes du CAP au BTS et refondre la voie technologique pour offrir une palette diversifiée de spécialisations de haut niveau.


Emanciper, c’est enfin libérer l’individu de toute forme d’influence. Laïcité et neutralité sont ainsi placés au cœur de notre projet éducatif. Nous voulons abroger le Concordat et les statuts spécifiques en Outre mer; faire advenir le principe « fonds publics à l’école publique » en abrogeant les lois Carle, Debré et Rocard; construire des établissements publics dans les déserts d’écoles publiques. Mais l’Ecole doit aujourd’hui faire face à une nouvelle forme de prosélytisme : celui de l’idéologie marchande et managériale. Nous la débarrasserons donc des lobbies qui tentent de s’y immiscer en mettant immédiatement fin au partenariat entre le Ministère de l’éducation nationale et le MEDEF, au partenariat entre le Rectorat de Créteil et Teach for France et nous engagerons un audit citoyen des partenariats de l’éducation nationale auquel, bien entendu, nous inviterons les parents d’élèves à participer. 

Notre projet est enfin celui d’une Ecole où il fait bon apprendre. 

  • A cette fin, nous recruterons 60 000 enseignants pour pour diminuer le nombre d’élèves par classe, en particulier dans l’éducation prioritaire où les effectifs par classes de la maternelle au collège n’excéderont pas les 20 élèves, 20 en lycées pro et technologique, 25 en lycée général car nous voulons intégrer les lycées à l’éducation prioritaire. 

  • Nous garantirons une pause méridienne d’1h30 afin de permettre une véritable coupure, un repas sans stress, un temps de convivialité avec les copains. Nous veillerons à ce qu’aucun enfant ne soit à plus de 30 minutes de transport de son établissement scolaire en densifiant le maillage des écoles en zone rurale. 

  • Nous engagerons un plan d’urgence pour la rénovation des locaux scolaires afin de mettre fin au scandale des écoles délabrées. 

  • Nous recruterons 8 000 CPE et garantirons la présence d’au moins un CPE à temps plein dans chaque collège, 6 000 médecins, infirmiers et psychologues afin d’assurer un suivi individualisé de l’ensemble des élèves et renforcerons les équipes d’AED dans les établissements de l’éducation prioritaire. Je tiens d’ailleurs à saluer l’invitation que vous avez faite aux parents d’élèves et aux élèves du lycée Suger de Saint Denis, lycée dans lequel les enseignants avaient alerté des situations auxquelles ils avaient à faire face en faisant grève pendant deux semaines sans être entendus.

  • Enfin, nous ferons respecter l’article 3 de la Convention internationale des droits de l’enfant garantissant la protection des enfants scolarisés et de leurs familles même s’ils sont sans papiers. 

Nous qui voulons passer à la Sixième République nous fondons notre projet politique sur l’implication citoyenne. L’Ecole que nous appelons de nos vœux doit ainsi être à la fois lieu d’apprentissage à la citoyenneté mais aussi le lieu de l’exercice de droits nouveaux et notamment pour les parents d’élèves. A cette fin, nous créerons un statut des parents d’élèves délégués donnant droit à la formation et à congé de représentation opposable à l’employeur afin de permettre aux parents délégués, disposant désormais du temps pour le faire, de prendre en charge les revendications d’intérêt général au sein des établissements. A cette fin nous rendrons effectif l’aménagement d’espaces parents, animés par les parents d’élèves délégués,permettant d’organiser les interventions des personnels médicaux sociaux, psychologues de l’éducation nationale, des personnels de vie scolaire, afin de favoriser la continuité éducative entre familles et école. La création du statut du parent d’élève élu sera enfin l’occasion de préciser le champ d’intervention des parents d’élèves, les questions pédagogiques demeurant la prérogative exclusive des professionnels de l’enseignement. 

Pour conclure, notre projet éducatif s’encastre dans notre projet politique. En permettant l’élévation générale du niveau de qualification, l’Ecole participera de la transition écologique que nous voulons engager. En éduquant à une citoyenneté enrichie de nouveaux droits elle prendra sa part de la refondation démocratique de nos institutions. En s’instituant comme le creuset du peuple en formation, comme un espace de coopération et non de compétition, elle participera de la formation d’un esprit de paix et de fraternité alors que notre société est traversée par de graves tensions. 

L’Ecole commune prépare ainsi l’Avenir en commun.

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6 réflexions sur “Intervention devant la FCPE

  1. Bonjour,
    Pourriez-vous préciser le programme de la France Insoumise concernant le financement de l’enseignement privé sous contrat ? S’agit-il uniquement de l’abrogation de la loi Carle ou la fin du financement de l’enseignement sous contrat qui deviendrait alors hors contrat ? Jean Luc Mélenchon n’étant pas tout à fait clair à ce sujet.
    Merci.

  2. Prévoyez-vous l’abrogation des nouveaux programmes du CSP en même temps que celle de la réforme du collège, les deux éléments étant distincts d’un point de vue législatif ?

      • Bonjour,
        pourtant il y aurait tant à faire dans la refondation des programmes.
        Par exemple, si l’on pense à l’histoire et au peu de place accordée à l’enseignement de l’histoire coloniale de la république française……sans aucun point de vue des « colonisés » (ou si peu) dans les différentes « situations coloniales ». Comment faire une école inclusive dans certaines classes quand on ne raconte pas pourquoi les parents ou les grands parents de certains élèves sont présents en France ? Pourquoi la république n’explique pas d’avantage « la France d’Outre mer » ? pourtant mise sur le devant de la scène comme à Toulouse hier….
        Ya du boulot dans les programmes pour que tous les enfants de France soient ou se sentent « ceux de Melanchon » (Marseille, le 9 avril)……
        « L’inclusion » commence à l’école, par certaines explications et par un enseignement le plus objectif possible quant au passé et autre…..

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