Le retour de M. Peillon

Le revoilà. Revenu de son exil suisse. Maquillé en solution.

Il y a peu encore, Monsieur Peillon était devenu un homme gênant pour le Parti socialiste. Son grand oeuvre, la contre-réforme des rythmes scolaires, avait produit des milliers de précaires, précipité les enseignants dans la rue et mobilisé contre elle les parents d’élèves. Solide bilan que celui d’un rejet massif suscité par une politique contraire à l’intérêt général.

Car il faut s’en rappeler. L’exercice ministériel de Vincent Peillon aura été celui d’une série d’atteintes aux principes fondateurs de l’école publique : gratuité, laïcité, égalité. Trois ans après la mise en oeuvre de sa contre-réforme des rythmes, 40% des familles doivent aujourd’hui payer pour que leurs enfants puissent accéder au temps périscolaire. Une marchandisation du temps passé à l’école qui se double d’une aggravation considérable des inégalités. D’une commune à l’autre, d’un établissement à l’autre contenu, encadrement, conditions d’accès variant du tout au tout.  M. Peillon prétend aujourd’hui accéder à la Présidence de la République. Il déclare vouloir engager « une lutte plus radicale contre les inégalités sociales et territoriales« . Il est pourtant l’instigateur de la balkanisation de l’école, de son morcellement et de sa soumission aux petits intérêts locaux.

Que peut-il aujourd’hui ? Sa déclaration de candidature est une tentative d’occupation du vide. Il explique en effet n’être candidat que pour remplacer un absent : François Hollande. Sans programme, sans nécessité, cette candidature par défaut s’habille de formules et des artifices d’une communication creuse. M. Peillon a toujours été un homme de mots. Là où l’exercice du pouvoir appelle à des décisions véritables, l’ancien ministre de l’éducation aura préféré proclamer plutôt que réaliser. La pusillanimité du nouvel espoir de la primaire socialiste se résume dans cette « Charte de la laïcité » adoptée en 2013 en lieu et place d’un politique volontariste. Construction d’établissements publics dans les déserts d’école publique, abrogation du Concordat et de la loi Carle étaient déjà nécessaires. Ces mesures sont aujourd’hui dans le programme proposé par Jean-Luc Mélenchon.

Homme de principe, M. Peillon est acquis à ceux du néolibéralisme éducatif. L’idéologie du socle commun et des compétences a infusé sa politique comme celle de ses prédécesseurs de droite rue de Grenelle. Il a de ce fait participé au développement d’une école au rabais,  minimaliste et utilitariste, contraire à la perspective émancipatrice historiquement porté par la gauche et source d’une dégradation de la qualité du service public d’éducation. Avec les « campus des métiers » inscrit dans sa loi dite de « refondation » de 2014, il aura organisé la soumission de l’école aux intérêts des grandes entreprises et de leurs représentants du MEDEF. Dans le même temps il aura maintenu le gel du point d’indice des enseignant-es, aggravé la logique managériale dans les établissements et tenu un discours d’enfumage sur les « 60 000 postes » censés compenser 80 000 suppressions sous le quinquennat précédent. L’insuffisance, déjà.

En déclarant aujourd’hui au Monde avoir pensé « que François Hollande serait candidat parce que je considérais que l’appréciation de son bilan, comme celle de sa personne, était injuste par rapport à la réalité  » Monsieur Peillon songe sans doute à son propre devenir. Il risque en effet d’être victime d’une « injustice ». Celle vécue par des millions de Français-es durant un quinquennat au service des riches et des puissants. M. Peillon pourrait finalement très vite retourner… en Suisse.

 

 

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