PISA : rompre

Les résultats de l’enquête PISA 2015 soulignent cette année encore l’ampleur des inégalités scolaires en France. Ils signent l’échec de ceux qui n’ont cessé de se revendiquer des conclusions du programme de l’OCDE pour justifier la mise en oeuvre de politiques contraires à l’intérêt général.

Une approche idéologique

Rappelons d’abord que sous les atours d’un programme « scientifique », PISA se caractérise par un certain nombre de partis pris idéologiques. Le programme repose d’abord sur la mesure de compétences et non de savoirs disciplinaires. Toute dimension qualifiante, tout exercice critique, sont ignorés au profit d’une approche consistant à vérifier la capacité à mobiliser des « aptitudes jugées essentielles dans la vie future« .

Cet utilitarisme se double d’un minimalisme. Les épreuves du programme se réduisent ainsi à trois ensembles – la culture scientifique, mathématique et la compréhension de l’écrit – excluant de fait nombre de disciplines (telles l’histoire ou les arts), dont la diversité est fondatrice de la perspective émancipatrice qui continue de caractériser le système éducatif français.

Enfin, le programme évalue des élèves de 15 ans. Indépendamment du niveau auquel ils sont scolarisés. En France, l’échantillon PISA compte ainsi des collégiens de Quatrième et de Troisième, des lycéens de Seconde et de Première. L’orientation, par exemple la voie dans laquelle les élèves sont engagés au lycée (générale, technologique ou professionnelle), ou le redoublement ne sont pas pris en compte. Outre que l’échantillonnage PISA est aussi suspect que celui d’un sondage de la primaire du Parti socialiste, le programme de l’OCDE ne fait ainsi aucun compte de la spécificité de systèmes éducatifs nationaux qu’il prétend pourtant pouvoir comparer.

Une fonction : le choc

Ces nombreuses insuffisances méthodologiques n’ont pourtant pas démenti le succès politique du programme. PISA est devenu le totem des déclinistes et des adversaires de l’école publique.

La publication des résultats participe en effet de la mise en oeuvre d’une stratégie du choc revendiquée. En 2013, Vincent Peillon évoquant sa loi de « refondation » déclarait ainsi avoir « initié le choc PISA » à la française« . La présence de Najat Vallaud Belkacem à l’OCDE ce 6 décembre souligne cet usage politique. Depuis le début des années 2000, le programme a toujours été l’occasion d’opérations de communications tonitruantes. Que tout change… pour que rien ne change. Au delà des alternances, les mêmes se succèdent, gouvernent, décident, regrettent, promettent et continuent de s’inspirer des préconisations de PISA. Tour à tour comptables et accusateurs ils sont en fait les uns pour les autres inspirateurs et continuateurs. C’est leur bilan qui est en échec.

Car si PISA nous renseigne c’est à propos des conséquences des politiques éducatives conduites depuis une quinzaine d’années. Najat Vallaud Belkacem a beau jeu de souligner que les résultats de l’enquête 2015 sont la mesure des désastres auxquels ont conduit les gouvernements de droite en place de 2002 à 2012. Il est vrai que la destruction de 80 000 postes sous Nicolas Sarkozy, la suppression de la formation des enseignants, les contre-réformes Chatel et Darcos ont considérablement dégradé les conditions d’apprentissage de millions d’élèves. Mais comment croire un instant que la tendance s’inverse demain alors même que la politique conduite par le Parti socialiste s’inscrit dans la droite ligne de celle des quinquennats précédents ? Idéologie du socle commun et des compétences confortée, austérité aggravée, développement des logiques managériales et accentuation de la territorialisation de l’école conduiront aux mêmes résultats : des inégalités renforcées, une école dégradée. La récente enquête TIMSS 2015, consacrée au niveau des élèves en mathématiques et sciences, a montré à quels reculs ces politiques conduisent.

Une leçon : rompre

La dimension normative du programme de l’OCDE porte un économisme réducteur conduisant à ignorer des enjeux fondamentaux. Il impose une logique de court terme visant à la préparation d’individus employables, flexibles, immédiatement exploitables. A rebours de cette vision libérale, il faut replacer notre projet éducatif dans des perspectives de long terme et d’intérêt général. Car c’est ainsi que se présentent les grands défis que l’école doit contribuer à relever. Défi écologique : l’indispensable élévation du niveau de qualification garantissant la maîtrise de métiers est nécessaire à l’organisation de la transition écologique. Défi civique : l’école doit s’affirmer comme creuset du peuple en formation.

Pour enrayer l’aggravation des inégalités scolaires et l’affaiblissement de notre système éducatif, il faut donc rompre avec le dogme PISA et la litanie de contre-réformes (Chatel, collège, rythmes scolaires…) qu’il inspire. Le programme l’Avenir en commun de la France insoumise et de son candidat Jean-Luc Mélenchon le permet. Contre les inégalités, il propose de renforcer le cadrage national garant de l’égalité de traitement et d’accès de tous les élèves : refonte de la carte scolaire, gratuité intégrale, abrogation de la contre-réforme du collège. Pour parvenir à l’élévation générale du niveau de qualification de tous les élèves, il prévoit d’allonger la scolarité obligatoire de 3 à 18 ans et le développement de la voie professionnelle. Contre l’école PISA du PS et de la droite, nous voulons donner au service public d’éducation la mission d’instruire, de qualifier et d’émanciper tous les élèves.

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7 réflexions sur “PISA : rompre

  1. Je suis d’accord avec Marie Labat. Céline Alvarez met en lumière les pédagogies Montessori, Freinet.. au regard des neurosciences. Et je suis convaincue que nous n’allons pas dans la bonne direction en France. Nous ne connaissons pas les métiers de demain, mais nous utilisons les méthodes d’hier !! Incroyable quand même. Le test Pisa même s’il est critiquable met en évidence un fossé entre les méthodes éducatives par exemple finlandaises et les nôtres. Et ça personne ne peut le nier…. Pour l’école primaire, je propose le retour à des classes mixtes en âge (les français n’y sont pas prêts, même s’il y a un grand intérêt pour éviter les fermetures de classe), l’introduction d’ateliers philo, de cyber citoyenneté ou encore de séances de méditation avant les cours. Les supports sont peut être à revoir aussi… La nature, une entreprise, un musée. Autant de lieux qui permettent d’éveiller les enfants et leur faire acquérir des savoirs et des savoirs-être plutôt qu’une tablette par élève… Je suis une mère interpellée par ces sujets et consciente de l’ampleur de la tâche. Mais, certains pays y sont arrivés. Bien entendu, je ne nie pas le rôle des parents dans l’éducation. Tout ne repose pas sur les frêles épaules de nos enseignants. En bref, un changement d’attitude s’impose pour développer davantage les savoirs être sociaux et civiques de nos enfants indispensables pour leur vie adulte dans 15-20 ans…
    Une maman d’une enfant de 3 ans pleine d’espoir…

  2. Merci pour votre analyse qui m’a beaucoup appris sur ce test Pisa.
    Par ailleurs, si vous avez la chance d’avoir accès à l’équipe de campagne, je tente de faire remonter en vain, l’existence de Céline Alvarez que nous devons écouter pour ce qu’elle a à nous apprendre sur les tout petits et les lois de l’apprentissage. Elle a écrit : les lois de l’enfant, son site tourne à un million de visiteurs et pour l’instant, aucun candidat ne s’intéresse à elle. Je pense qu’il faudrait au moins lui consacrer une université populaire.
    Marie Labat, insoumise, Limoges

    • La lecture du livre de C. Alvarez ne m’a pas semblé conduire à une révolution copernicienne dans les méthodes et modèles d’apprentissage. Piaget avait déjà décrit les processus et Freinet utilisait le faire/l’action, quant à la « méthode » Montessori elle est connue depuis déjà qques temps.., le travail de groupe thématique pour apprendre. La mise en situation de réussite,mixité de sexe et d’âge ou la mixité sociale (vive la carte scolaire…) permettent aux uns et aux autres de progresser dans les apprentissages.
      Ce qu’a montré C. Alvarez c’est qu’avec le soutien d’un DGESCO (Blanquer à l’époque) donc d’une hiérarchie – même du bout des lèvres – quelques moyens, des effectifs mesurés et une bonne formation (sa formation de linguiste a sûrement à voir dans sa réussite) l’École peut faire des miracles.
      B.Pironin
      Ex Professeur – Ex cadre EN
      @bpironin sur twitter

  3. Pingback: PISA : l’urgence de la rupture ! – Le Parti de Gauche

    • Bonjour. Le Parti de Gauche et le programme l’Avenir en commun de la France insoumise défendent l’abrogation de la contre réforme du bac pro en 3 ans et le retour à un bac pro en 4 ans. De même, nous proposons un plan de développement de la filière professionnelle passant notamment par l’ouverture de nouveaux lycées.

  4. PISA est un thermomètre gradué par l’OCDE, certes, mais il n’en dit pas plus que ce qu’on lui a demandé de mesurer.
    Il mesure entre autres les inégalités et je suis surpris que ce volet ne sois pas plus développé ; en effet il montre que la France est un pays où sont école renforce les inégalités. Plus que la mesure des compétences en maths, en sciences ou en compréhension de l’écrit, il me semblerait nécessaire de s’appuyer sur ce résultat pour diminuer ces inégalités. Cela passe effectivement par un soutien et des méthodes adapté au public en difficulté.
    Par ailleurs refuser la notion de compétence (qui permet en s’appuyant sur des savoirs de construire une qualification) serait aussi vain que de ne voir l’Histoire que par la mémorisation de quelques dates.
    Je finirai en disant que la promotion de la voie professionnelle permet certes à des jeunes d’obtenir le bac mais est avant tout une voie où vont des mômes dont on ne veut plus dans la filière classique au grand bonheur du Médef… Et des lycées non pro.
    Ça ne m’empêchera pas de voter JLM mais bon ! 🙂
    Un ex-prof ex-cadre de ac-Creteil

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