Quand le MEDEF fait main basse sur l’école


La 16ème édition de la semaine école-entreprise s’achève. Pérennisée par un accord signé en 2010 entre l’Éducation nationale et le MEDEF, l’opération touche chaque année près de 200 000 élèves dans 5 600 établissements scolaires à travers le pays. Les objectifs, affichés sur le site du ministère, sont éloquents. « Développer le goût d’entreprendre et prendre conscience des valeurs positives de l’entreprise« . Multiplier « les visites d’entreprises » et les « interventions de professionnels dans les classes pour mieux comprendre les mutations à venir du marché du travail« . Favoriser les « rencontres entre enseignants et chefs d’entreprises » etc.

Cette année encore, la semaine école-entreprise n’a pas dérogé à la tradition patronale. Visite d’usine Coca Cola pour des collégiens de l’Essonne, rencontres afin de se « familiariser avec le métier de chef d’entreprise » en Seine et Marne. Les élèves de Valenciennes ont quant à eux eu l’honneur de recevoir Pierre Gattaz en personne. Accompagné du Recteur d’Académie il a pu leur transmettre sa vision, celle d’une entreprise comme un lieu où les gens sont « formés et heureux » à défaut de « garantir l’emploi à vie » (sic). A cette occasion, le MEDEF annonçait le lancement d’une plate-forme Internet décrite par le patron des patrons comme « le Meetic du rapprochement école-entreprise » (re-sic).

Une fois de plus donc, le Ministère de l’éducation nationale aura ouvert grand les portes des salles de classes aux représentants du MEDEF. Une fois de plus, l’indispensable neutralité de l’école, lieu d’éducation de consciences en formation, aura été bafouée. Une fois de plus, le principe de laïcité aura été piétinée par l’immixtion de la propagande patronale et consumériste dans des centaines d’établissements scolaires.

Loin de remettre en cause ce dispositif pérennisé par la droite en 2010, la Ministre de l’éducation nationale est devenue la partisane zélée de son développement.  « Trop d’élèves ont une véritable méconnaissance du monde professionnel et de l’entreprise » déclarait-elle ainsi aux Échos.

Najat Vallaud Belkacem a pris en charge un véritable programme de soumission de l’école à l’idéologie et aux intérêts patronaux visant à conformer l’ensemble de l’institution à la satisfaction des besoins immédiats des grandes entreprises. « Nous avons signé 54 conventions avec des entreprises ou des branches professionnelles. En 2012, il n’en existait qu’une vingtaine » souligne-t-elle. Personnels de direction, élèves, enseignants, tous sont visés. La ministre a en effet mis en place « depuis cette année, [pour] les futurs chefs d’établissement et inspecteurs [un programme de] 56 heures de formations – dont 35 heures de stage obligatoire en entreprise – pour se familiariser avec l’idée de monter des partenariats entre l’établissement et les entreprises d’un territoire. » La contre-réforme du collège trouve dans ce cadre une finalité. « Un des nouveaux enseignements pratiques interdisciplinaires est consacré au monde professionnel. Il pourra notamment servir de cadre à la création de mini-entreprises. » Quant aux professeurs, ils seront sans doute appelés à dispenser des programmes élaborés avec le Conseil nationale école entreprise (CNEE), organe associant divers membres de conseils d’administration du CAC40 . La ministre regrette en effet le manque d’association avec le CNEE concernant « l’aménagement du programme de l’enseignement d’exploration de SES de seconde ».

A l’école comme ailleurs, ce quinquennat aura donc été celui du triomphe des intérêts du MEDEF. A la loi El Khomri et au Pacte de responsabilité réponds en effet une réduction de l’école aux fins utilitaristes des grandes entreprises.

Si la qualification est l’une des finalités de l’éducation, elle ne peut se penser dans une perspective consistant à faire coïncider formation et besoins immédiats des entreprises. Ces derniers ne peuvent en effet se formuler qu’à court terme en raison des caractéristiques mêmes d’une économie largement financiarisée. Ces besoins sont de ce fait contradictoires avec l’ambition émancipatrice, donc de long terme, qui doit toujours guider la scolarité. 

L’émancipation est notre boussole. Voilà pourquoi nous voulons une école indépendante, libre de toutes les idéologies et de tous les prosélytismes. Face à la nouvelle religion des valeurs de l’entrepreneuriat, nous défendons, avec la France insoumise et son candidat Jean-Luc Mélenchon l’abrogation de tous les partenariats entre le MEDEF et l’Education nationale afin de garantir la neutralité de l’école et le principe de laïcité indispensables à toute perspective émancipatrice.

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