Intervention à la session annuelle des Semaines sociales de France

Dimanche 20 novembre 2016, j’étais l’invité des Semaines sociales de France à l’occasion de leur session annuelle cette fois consacrée à l’éducation. J’ai ainsi pu présenter aux 2 000 délégués réunis plusieurs mesures du programme l’Avenir en commun de Jean-Luc Mélenchon et de la France insoumise. 

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***

Madame la Présidente,

Monsieur le vice président,

Monsieur le délégué général,

Mesdames et Messieurs,

Permettez moi d’abord de vous remercier pour votre invitation, de remercier les organisateurs, les bénévoles mobilisés pour cette session annuelle des Semaines sociales de France, de vous remercier enfin pour votre contribution à l’organisation de débat public sur l’école en permettant à des responsables politiques de venir vous présenter leurs analyses et leurs propositions.

L’école en effet est une question politique. Elle ne relève ni d’évidences ni d’un bon sens supposément partagé. Elle est dans de la société et non à l’extérieur ou à côté de celle-ci. Nos propositions pour l’école sont ainsi inséparables de l’ensemble de celles de notre programme politique. Ce programme nous l’avons nommé l’Avenir en commun, c’est celui de JLM et de la France insoumise, mouvement en soutien duquel mon parti, le Parti de Gauche, est pleinement engagé.

Vous m’invitez à identifier un point de convergence avec vos propositions, une mesure que nous ne retiendrions pas et enfin à attirer votre attention sur un aspect manquant selon nous dans votre document de synthèse.

Je vais ainsi commencer par identifier ce qui fait, immédiatement, accord entre nous. Nous nous retrouvons dans plusieurs des propositions de votre levier « famille et parentalité ». Par exemple dans la volonté de « promouvoir l’accueil de la petite enfance ». Mais notre point d’accord principal tient dans la nécessite de donner une place plus grande qu’elle ne l’est aujourd’hui aux parents d’élèves dans la vie des établissements. Cet objectif rejoint notre projet politique. Nous voulons refondre notre démocratie en bâtissant une Sixième République fondée sur l’implication citoyenne. Nous voulons en effet parvenir à l’exercice d’une citoyenneté intégrale associée à des droits nouveaux et notamment pour les parents d’élèves qui voudraient participer à la vie des établissements scolaires.

Cette aspiration rejoint vos préoccupations quant à la place des parents dans l’école. Vous voulez en effet voir mis en oeuvre dans tous les établissements des « espaces-parents ». Vous souhaitez « favoriser la compréhension mutuelle entre les enseignants et toutes les familles de la maternelle au lycée ». Nous partageons ce soucis et considérons que l’organisation actuelle n’est pas satisfaisante. Elle ne favorise pas l’implication des parents d’élèves et elle est souvent source d’oppositions artificielles entre parents et enseignants.

L’organisation actuelle renvoie en effet les parents qui souhaitent s’impliquer à un cadre les cantonnant, de facto, à la défense d’intérêts particuliers. Leurs interventions sont ainsi le plus fréquemment limitées à des interrogations sur les notes ou les sanctions de certains élèves, à des tentatives d’immixtion dans le champ pédagogique pour juger les méthodes des enseignants. Tout cela est source de malentendus.

Nous proposons, pour y remédier, un statut pour les parents d’élèves élus, un statut reconnu dans la code du travail et le code de la fonction publique qui garantirai notamment le droit à des journées de formation mais aussi à des décharges de temps de travail (comme pour les élus municipaux). Ce temps rendu disponible permettrai la meilleure « information des parents (quant au) fonctionnement de l’institution scolaire » que vous recherchez. Il permettrait aussi la prise en charge de l’organisation des espaces parents dans chaque établissement. Les parents d’élèves élus serait ainsi replacés dans une fonction leur permettant de défendre l’intérêt général, celui de tous les parents.

Cette organisation clarifierai enfin nombre de situations. Vous soulignez en effet la nécessité  d’une « bonne compréhension par les parents du système scolaire et des rôles de chacun ». Là encore, nous nous rejoignons. Un nouveau statut pour les parents d’élèves préciserai leur champ d’intervention à celui des questions d’intérêt général. L’organisation pédagogique des établissements restant strictement réservée aux professionnels de l’enseignement.

En revanche, nous ne retiendrions pas vos propositions visant à accroître l’autonomie et à la régionalisation de l’éducation.

Le renforcement de l’autonomie des établissements et la territorialisation de l’école caractérisent les politiques éducatives conduites depuis au moins 10 ans. La contre réforme Chatel du lycée, elle même inspiratrice de la contre-réforme du collège, la régionalisation du service public d’orientation, la contre-réforme des rythmes scolaires… toutes ces mesures sont inspirées par la même idéologie et conduisent à la balkanisation de notre système éducatif. Elle sont ainsi à l’origine d’une aggravation de la concurrence entre les établissements, d’une dépossession du métier d’enseignant et d’un creusement des inégalités au détriment des élèves.

Vous proposez ainsi de permettre la sélection des personnels par le chef d’établissement. Vous proposez également l’instauration de contrats d’objectifs et de moyens liant écoles, collèges et lycées aux Rectorats. Ce modèle conduirait à créer une « offre » éducative, variant d’un établissement à un autre, et ainsi à installer une véritable logique de marché, exacerbant les stratégies de contournement et renforçant, in fine, la ségrégation scolaire.

Nous partageons le même constat. « Les inégalités grandissent » à l’école. Mais pour les combattre il faut davantage de République c’est à dire plus d’égalité et non pas davantage de dérogation au cadre. Voilà pourquoi le programme de Jean-Luc Mélenchon inscrit en son coeur la garantie du cadre national des programmes et des diplômes.

Comme vous, nous savons « l’hétérogénéité des publics » qui fréquent les bancs de l’école. D’un établissement à l’autre, d’une classe à l’autre, au cours même de l’année les élèves sont différents. Ils évoluent, ils changent, ils progressent. Il faut donc un rapport constamment réadapté à cette pluralité de situations éducatives. Cette capacité à l’adaptation nécessite l’absolue garantie du principe de liberté pédagogique des enseignants. Or, l’autonomie des établissements n’est pas source de « liberté » mais d’entraves, d’immixtion de la hiérarchie dans les pratiques pédagogiques, d’une multiplication des contrôles associés au renforcement des prérogatives à évaluer. L’autonomie est de ce fait source de dépossession pour les enseignants et rime davantage avec management qu’avec capacité à s’adapter.

La territorialisation de l’école, qui serait aggravée par la régionalisation de la voie professionnelle que vous préconisez, c’est enfin la mise à mal d’un principe fondateur : la laïcité. Vous invitez, dans le cadre de l’établissement autonome, à la multiplication d’ « alliances des métiers et des talents ». Elles viseraient à « doper l’employabilité » c’est à dire à répondre aux exigences des entreprises, en particulier des plus grandes. Cette soumission aux fins économiques de l’école encouragerait l’immixtion des intérêts patronaux et marchands en son sein. Or l’école se doit de conserver sa neutralité. Elle est le lieu de l’éducation de consciences en formation. De ce fait elle doit préserver les élèves de toute influence extérieure et garantir la liberté de conscience. Voilà pourquoi Jean Luc Mélenchon propose à la fois l’abrogation du Concordat mais aussi de mettre fin à tous les partenariats entre l’éducation nationale et le MEDEF qui veut soumettre l’école pour satisfaire ses intérêts.

L’émancipation est nôtre boussole. Si la qualification est l’une des finalités de l’éducation, elle ne peut se penser dans une perspective utilitariste qui consisterait à faire coïncider formation et besoins immédiats des entreprises. Ces derniers ne peuvent en effet se formuler qu’à court terme en raison des caractéristiques mêmes d’une économie largement financiarisée. Ces besoins sont de ce fait contradictoires avec l’ambition émancipatrice, donc de long terme, qui doit toujours guider la scolarité. En outre, la régionalisation de l’enseignement, et en particulier de la voie professionnelle,  conduirait à une spécialisation territoriale des établissements devant désormais faire coïncider leurs filières de formation aux besoins économiques des bassins d’emplois locaux. Au déterminisme social s’ajouterait alors l’assignation territoriale.

Notre projet est celui d’une école de l’égalité et de l’émancipation. Aussi, nous voudrions, pour conclure, vous convaincre de faire vôtre du combat pour la gratuité l’une de vos priorités. Car ce combat est de nouveau d’actualité. Principe fondateur, la gratuité est en effet gravement mise à mal.

La contre réforme des rythmes scolaires a transformé le temps passé par les enfants à l’école en marchandise. En permettant de rendre payant l’accès aux ateliers périscolaires elle a conduit nombre de communes à passer des appels d’offres, comme pour n’importe quel autre marché public, pour organiser les TAP. 40% des familles doivent aujourd’hui payer pour permettre à leurs enfants d’accéder au périscolaire, ou, pour le dire autrement, de ne pas être mis à la porte de l’école le vendredi à midi ou le mardi à 15h.

L’austérité gouvernementale, administrée localement par les exécutifs socialistes et Les Républicains, conduit à la remise en cause de la gratuité des transports, de la cantine, des matériels. Dans les années 1980, l’ensemble des départements assuraient la gratuité des transports scolaires. Aujourd’hui ils ne sont plus que 11. Dans la Somme, les aides dont bénéficiaient 7 000 familles modestes pour les cantines ont été supprimées à la rentrée. Dans l’Essonne, la gratuité de la cantine pour les familles les plus pauvres n’est plus. La chasse aux pauvres est devenue la spécialité des élus du Front national. Au Pontet, en juillet 2014, le maire frontiste annonce la fin de la gratuité de la restauration scolaire pour les plus pauvres. A Villers-Cotterêts, en septembre 2014, les frais de restauration scolaire sont augmentés. A Mantes la Ville, l’arrivée du FN à la mairie s’accompagne de la fin de la gratuité du périscolaire.

Le combat pour la gratuité est un combat pour l’égalité d’accès de tous les élèves à l’école. Le combat pour la gratuité, c’est aussi un combat contre la pauvreté et de ce fait un combat pour assurer à tous les élèves les conditions matérielles nécessaires à leurs apprentissages et à leur réussite.

L’école est aujourd’hui confronté comme jamais au développement de la pauvreté. Un récent rapport de l’Inspection générale de l’éducation nationale estime à 1,2 millions le nombre d’enfants pauvres. Le phénomène gagne du terrain. Dans son rapport annuel publié ce jeudi 17 novembre, le Secours catholique mesure la progression du nombre de personnes en situation précaire à 2,7% en 2015 par rapport à 2014. C’est la conséquence de l’aggravation du chômage, résultat de l’échec des politiques économiques et sociales conduites ces deux derniers quinquennat.

Pour répondre à cette urgence, Jean-Luc Mélenchon propose un ensemble de mesures visant à assurer la gratuité réelle de l’éducation publique, y compris les cantines, le transports et les activités périscolaires, à fournir gratuitement aux élèves les manuels scolaires ainsi que leurs fournitures sans marques pour assurer une réelle égalité des conditions entre élèves et lutter contre l’intrusion marchande à l’école.

Nous pouvons financer ces mesures par une révolution fiscale remettant en cause les privilèges fiscaux comme ceux dont profitent les grands groupes privés de soutien scolaire. En interrompant le programme d’équipement en tablettes numériques de l’ensemble des collégiens de 5ème qui coutera 3 milliards d’euros. En réservant l’argent public au financement de l’école publique ou en luttant contre la fraude fiscale qui représente 80 milliards d’euros par an.

Nous pouvons réaliser l’école de l’égalité et de l’émancipation,

Nous pouvons préparer un Avenir en commun,

Mesdames et Messieurs, je vous remercie une nouvelle fois pour votre invitation et vous souhaite d’excellents travaux.

 

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