Alain Juppé veut une agence de notation pour l’école

Si sage et si modéré

A quelques jours du premier tour de la primaire d’une droite en voie de radicalisation, Alain Juppé est campé en candidat raisonnable. Certains égarés, politiquement immobilisés par les sondages, voient en lui un recours face à Nicolas Sarkozy, un rempart contre Marine Le Pen.

L' »homme d’Etat » prépare pourtant de 85 à 100 milliards d’euros de coupes budgétaires. L’école serait gravement affectée. Benoit Apparu, porte parole du favori des sondages, prévenait en octobre dernier.  » Il faudra probablement supprimer des postes à l’Éducation nationale « . Alain Juppé de son côté, dans une interview accordée à une association proche de la Manif pour tous, envisage « un allégement des grilles horaires des élèves en collège et lycée« . Moins de profs ou moins de classe,  l’alternative nourrit les méditations du grand homme qui se prépare, comme Nicolas Sarkozy en son temps, à « jou(er) essentiellement sur le non remplacement des départs« .

Une agence de notation pour l’école

Si l’austérité est le programme partagé des 7 candidat-es du parti des grandes fortunes, Alain Juppé se distingue par l’ardeur des ses convictions néolibérales. Une des propositions de son programme éducatif en témoigne. L’ancien Premier ministre propose la mise en place d’une « agence nationale de l’évaluation, de l’innovation et de la performance scolaire, indépendante« .

Celle-ci aurait la charge de mener « une évaluation indépendante de la progression des établissements » et s’inspirerait des « bonnes pratiques en France et à l’étranger« . Organe privé ? Public ? L’essentiel tient dans la logique installée par ce véritable Standard and Poor’s de l’éducation nationale. Car sa création conduirait à soumettre, in fine, l’ensemble du système éducatif aux objectifs du néolibéralisme. La politique du chiffre et ses indicateurs truqués, la dépossession du métier d’enseignant, l’abandon de la finalité émancipatrice de l’école, voilà ce à quoi conduit le programme éducatif d’Alain Juppé.

Vous avez dit modéré ? Ce programme annonce la catastrophe. Partout où elles ont été mises en oeuvres, ces recettes éculées ont conduit à la ruine. L’évaluation de la « performance scolaire » amène à déconnecter la mesure de l’approche scientifique et pédagogique qui guide la pratique éducative. Elle installe un rapport utilitaire aux résultats recherchés pouvant conduire à toutes sorte de manipulations. Souvenons nous de la façon dont Goldman Sachs aida la Grèce à truquer ses comptes pour échapper à la sanction des agences de notation. Demain, l’institution scolaire devra-t-elle mentir aux élèves et à leurs familles pour satisfaire des critères d’évaluations extérieurs aux fins éducatives ?

L’avènement de l’école-entreprise

La proposition d’Alain Juppé participe d’un projet de grande portée. Notés, les établissements sont placés dans un cadre exacerbant leur mise en concurrence – certes déjà bien réelle. Une logique de l’offre, entre « bons » et « mauvais » établissements, est légitimée. Un marché est institué. Les stratégies scolaires des familles n’ont dès lors plus qu’à se déployer dans un cadre caractérisé par une inégalité devenue fondement même.

Dans ce cadre concurrentiel, pour permettre aux établissements de se distinguer et de capter des « clientèles » l’ancien Premier ministre propose de « permettre aux collèges et aux lycées qui le souhaitent de gérer la totalité de leur dotation horaire globale pour mieux répondre aux besoins des élèves. » Bref, de déterminer comme ils l’entendent l’organisation des études. C’est l’aboutissement de la contre-réforme du collège qui organise déjà l’allocation locale de 20% du temps scolaire. Dans cette école balkanisée, le chef d’établissement dispose des prérogatives d’un véritable patron. Il embauche les professeurs et administre son entreprise par une pratique du managment reposant sur la rémunération au « mérite ».

Pour Alain Juppé enfin, il faut « mieux adapter les formations aux besoins des entreprises« . En particulier pour les lycéens de la voie professionnelle. Il propose ainsi de  » réduire le nombre de CAP et de baccalauréats professionnels« , c’est à dire de faire disparaitre nombre de filières de qualifications pourtant indispensables, et de réduire le « coût » de l’apprentissage. La boucle néolibérale est bouclée. L’école régie par les règles de l’entreprise obéit aux entreprises.

L’heure du choix

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Le pays peut poursuivre ces politiques qui ne finissent pas de s’épuiser et qui, en guise d’alternance, se caractérisent par leur continuité. Ces dix dernières années, elles ont organisées la fermeture d’une école par jour et l’implacable mise en œuvre de l’austérité conduisant à la constante dégradation des conditions d’apprentissage de millions d’élèves. A l’heure du choix, Alain Juppé propose d’approfondir ce modèle de mise en concurrence de toutes et de tous, celui de l’ école entreprise. Il existe une alternative. Celle d’un Avenir en commun, d’une école de l’égalité et de l’émancipation. Le seul à même de la faire advenir, d’empêcher un second tour confisqué par la droite et de l’extrême droite, c’est Jean-Luc Mélenchon. Il est pour cela le vote nécessaire de toutes celles et ceux qui veulent tourner la page de ces dix années de régression.

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