Scolarité obligatoire : que ne l’avez vous pas fait plus tôt, Madame la ministre ?

A quelques mois de l’élection présidentielle, Najat Vallaud Belkacem propose d’allonger la scolarité obligatoire de 3 à 18 ans. Le Parti de Gauche défend cette mesure depuis sa création en 2009 et Jean-Luc Mélenchon, son candidat à l’élection présidentielle de 2012 l’avait inscrite dans son programme. Il la portera certainement en 2017 à l’issue du processus d’élaboration programmatique engagé dans le cadre de la campagne de la France insoumise.

Nous associons en effet à l’allongement de la scolarité obligatoire de 3 à 18 ans un certain nombre de vertus émancipatrices. Il améliore d’abord les conditions de la transmission d’un savoir toujours plus divers et complexe. Il favorise l’acquisition d’une culture et le développement de l’autonomie de chacun-e. Il permet enfin de répondre à l’élévation générale du niveau de qualification requise à la fois par les spécialisations accrues dans le monde professionnel et les défis de notre temps. La transition écologique de notre économie nécessite en effet ingénieur-es et technicien-nes, ouvrier-es qualifié-es et chercheurs capables de planifier et mettre en oeuvre le passage d’un système productif à un autre. En amont, la scolarisation dès l’école maternelle favorise la réussite scolaire ultérieure.

Madame Vallaud Belkacem propose mais que n’a-t-elle pas fait plus tôt ? Le Parti socialiste gouverne depuis 2012 et ses ministres de l’éducation nationale successifs n’ont en rien favorisé l’allongement du temps scolaire. La contre-réforme des rythmes n’a ainsi pas permis de restaurer la demie-journée de classe supprimée par Xavier Darcos. Le périscolaire, temps d’animation, ne doit en effet pas être confondu avec le scolaire, temps d’éducation. La contre-réforme du collège soustrait quant à elle plus de 400 heures d’enseignement disciplinaire pour les remplacer par des ateliers fourre tout. Enfin, au pouvoir, le Parti socialiste a entériné la suppression d’une année d’étude dans la voie professionnelle en ne revenant pas sur la contre-réforme du bac pro en 3 ans mise en place par la majorité précédente. Quelle cohérence donc entre une proposition bien tardive  et le bilan d’une politique ?

De même, si nous défendons l’allongement de la scolarité obligatoire c’est que nous y trouvons un moyen de prolonger l’accès gratuit à l’éducation. La politique de Hollande a conduit à l’inverse au développement de la marchandisation du temps passé par les enfants à l’école et au recul du principe de gratuité. L’austérité et la territorialisation de l’école ont en effet conduit à l’augmentation des frais de transport, de cantine, d’achat de matériel et à rendre payant l’accès aux ateliers périscolaires à une part toujours grandissante des familles.

Nous entendons les réticences de certains praticiens de terrain qui ressentent parfois comme une gageure le fait d’amener des élèves en décrochage jusqu’à 16 ans. Nous considérons cependant tou-tes les élèves comme éducables et faisons confiance aux enseignant-es qui, par leurs pédagogies adaptées, donnent sens à l’étude. Cela pourtant ne suffit pas.

L’allongement de la scolarité nécessite que l’institution garantisse aux élèves et aux enseignant-es les conditions d’un suivi individualisé véritable. Il faut pour cela diminuer le nombre d’élèves par classe. L’école doit aussi offrir à tous les élèves un véritable choix en matière d’orientation à l’issue du collège unique. C’est la condition indispensable à l’implication de chacun-e. En désenclavant et dédramatisant l’orientation de fin de 3ème, l’allongement de la scolarité à 18 ans a de ce point de vue un intérêt tout particulier.

Permettre à l’élève d’effectuer un réel choix nécessite par ailleurs l’arrêt de la fermeture des CIO, l’ouverture de nouveaux lycées professionnels, de rendre à la voie technologique la diversité et la richesse de ses spécialités, de développer les BTS et DUT, de mettre un terme aux campus des métiers et à la régionalisation de la carte de la formation professionnelle qui réduisent les possibilités de parcours et organisent l’assignation à résidence sociale et territoriale des élèves.

L’allongement de la scolarité obligatoire ne peut donc être prétexte à communication électoraliste. Il est en effet nécessairement inscrit dans le cadre d’une politique éducative globale qui nécessite des moyens inversement proportionnels à ceux retirés au service public d’éducation depuis 2012.

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Une réflexion sur “Scolarité obligatoire : que ne l’avez vous pas fait plus tôt, Madame la ministre ?

  1. Je ne crois pas que ce soit une bonne idée . Il faudrait consulter les jeunes tout d’abord . Beaucoup d’entre eux s’épanouissent bien dans un métier jeune . Il est par contre nécessaire de penser à des passerelles à tout âge de façon souple . Quant à la scolarité , elle n’est pas obligatoire .Que ça vous plaise ou non , merci de ne pas agir comme ces sociaux démocrates hypocrites qui comme vous le savent fort bien : C’est l’instruction qui l’est , obligatoire , pas forcément sous la forme sclérosée et enfermante qu’est actuellement l’école . Le choix est possible , même si peu s’en saisissent …Quoiqu’il en soit , allonger le temps obligatoire d’apprentissages en milieu scolaire -ça sonne comme carcéral…- ne permettra jamais que les exclus de ce système -et ils sont nombreux- s’y sentent mieux et à leur place : Ce serait bien l’inverse qui se produirait…

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