Réforme de l’évaluation des enseignants, entre autoritarisme et management

Comme Luc Châtel en son temps, Najat Vallaud Belkacem prépare l’adoption, à quelques mois de l’élection présidentielle, d’un projet de contre-réforme de l’évaluation des enseignants dans le cadre de la mise en oeuvre du PPCR.

Aux habituels critères pédagogiques et disciplinaires, le projet ajoute l’évaluation de « compétences » selon la novlangue libérale qui prévaut déjà pour les élèves. Le flou de certaines d’entre elles (« Agir en éducateur responsable et selon des principes éthiques »; « Contribuer à l’action de la communauté éducative ») garantira sans doute la pérennité de la part d’arbitraire qui caractérise le système actuel d’inspection.

Mais s’ajoutent de nouvelles injonctions. Les professeurs devront ainsi justifier de leur bonne « coopération » « au sein d’une équipe »; « avec les parents »; « avec les partenaires de l’école ». Au delà des atteintes à la liberté pédagogique et du renforcement des contrôle hiérarchiques au sein des équipes éducatives que laisse craindre ce système de contrôle, les nouveaux critères d’évaluations préparent la soumission toujours plus grande de l’institution scolaire aux exigences extérieurs.

S’agira-t-il demain de devoir s’engager plus avant dans des partenariats avec les représentants locaux du MEDEF avec lequel le ministère de l’éducation nationale est lié depuis le début des années 2000 ? Faudra-t-il que les enseignants approfondissent leurs « coopération » avec Microsoft qui a signé un « partenariat » avec la ministre l’année dernière ? Peut être s’agit-il de les préparer à entendre et mettre en oeuvre les préconisations d’élu-es locaux dont la tutelle, dans le cadre des PEDT, est aujourd’hui renforcée ? On le voit, le projet de réforme de l’évaluation met en cause la nécessaire neutralité de l’école et fait système avec d’autres dimensions de la politique éducative du gouvernement, en particulier avec l’autonomie des établissements dans le cadre de la territorialisation de l’école.

La prise en compte des contraintes de l’austérité n’est de ce fait pas oubliée. Avec 4 inspections au cours de leur carrière, les enseignants ne pourrons espérer progression plus rapide qu’au rythme actuel, celui d’une évaluation tous les 7 ans en moyenne. En contingentant par ailleurs à 30% la part des professeurs pouvant prétendre à un « avancement accéléré« , le ministère fait triompher une approche comptable pour laquelle 70% des enseignants ne pourront pas prétendre à une amélioration rapide de leur rémunération.

Introduisant enfin le principe d’un bilan professionnel annuel avec les chefs d’établissements, précédé d’une auto-évaluation sans doute d’inspiration néo-maoïsante, le projet de contre-réforme aggraverait la dérive managériale dans laquelle le gouvernement est déjà engagé depuis l’adoption du décret Hamon sur le statut des enseignants du second degré. En instituant ces « bilans professionnels annuels », le Parti socialiste veut préparer un rapport semblable à celui qui prévaut dans l’entreprise. Or les missions du professeurs, sauf à vouloir l’en détourner, sont fondamentalement incompatibles avec toute approche utilitariste contraire aux fins émancipatrices que nous confions à l’école.

A n’en pas douter, alors que se met en place à marche forcée la contre-réforme du collège, ce projet est un nouvel instrument de soumission des équipes éducatives aux objectifs des contre-réformes. Il aggrave la dépossession du métier d’enseignant, l’éloignant toujours d’avantage des fondements disciplinaires et pédagogiques de son exercice professionnel.

Le Parti de Gauche, propose quant à lui une refonte de l’inspection. Elle permettrait d’abord le renforcement du corps des inspecteurs, aujourd’hui trop peu nombreux pour faire face correctement à la multitude de leurs tâches, en particulier auprès des professeurs stagiaires.  Elle prendrait la forme d’un corps de conseillers-formateurs, recrutés parmi les enseignants, travaillant à la formation initiale et continue. Il est en effet souhaitable que ces conseillers-formateurs restent immergés dans les classes, pendant une partie de leur service. L’obligation de rester en contact avec la pratique de l’enseignement contribuera à éviter toute déconnexion préjudiciable.

Enfin, la revalorisation des carrières enseignantes doit avant tout procéder d’une approche collective, en particulier pour faire face à la crise de recrutement que connait l’éducation nationale. Il faut ainsi rattraper les conséquences de six années de gel du point d’indice mises en oeuvre par l’UMP et le PS et augmenter le traitement des fonctionnaires. Le Parti de Gauche défend ainsi une politique d’intérêt général à rebours  de l’individualisation des carrières prélude à la mise en concurrence des enseignants.

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