Mixité sociale : il existe des solutions immédiates !

Après la publication de l’excellent article de l’économiste Thomas Piketty démontrant l’ampleur de la ségrégation scolaire dans les collèges parisiens, la ministre de l’éducation nationale lui répond dans le journal Le Monde. Elle y dénonce « le mythe français de la mesure globale uniforme, du grand soir politico-technocratique ». A défaut de grand soir (et manifestement de volonté politique), il existe pourtant quelques solutions immédiatement disponibles pour engager la lutte contre la ségrégation scolaire.

Première solution, la distribution des options rares dans les lycées. Le plus souvent concentrées dans les établissements de centre-ville, elles confortent l’entre soi des élèves issus des classes les plus favorisées. En les localisant plus fréquemment dans les établissements des périphéries urbaines et rurales ces derniers verront leur attractivité renforcée. Dans le même temps, les demandes d’inscriptions en dehors du lycée le plus proche au motif d’un projet particulier, simple prétexte pour pratiquer l’évitement, seront entravées. La gestion des options rares est un puissant levier pour favoriser la mixité. La contre-réforme du collège, conduisant à la suppression de classes bilangues ou d’option latin grec dans certains établissements de l’éducation prioritaire, constitue de ce point de vue un véritable drame.

Seconde solution immédiatement disponible, le lancement d’un plan de construction d’internats. Si la lutte contre la ségrégation scolaire butte d’abord sur la réalité de la ségrégation résidentielle, le développement des internats peut permettre de favoriser la mixité sociale dans les établissements en apportant par ailleurs aux élèves issus de milieux sociaux défavorisés des conditions d’études optimales pour leur réussite à l’école.

Mais c’est surtout l’universalité de la carte scolaire qu’il faut immédiatement mettre en oeuvre. L’enseignement privé joue un rôle central dans le renforcement de la ségrégation scolaire. Il sélectionne ses élèves constituant ainsi des hauts lieux de la ségrégation scolaire dans lesquels l’entre soi est la règle. Pour y mettre un terme, les établissements privés doivent être soumis à la même sectorisation que les établissement publics. L’Etat et les collectivités doivent cesser de les financer et le principe fonds publics à l’école publique mis en oeuvre. « Penser que l’on pourrait imposer autoritairement la mixité sociale, en supprimant au passage une partie de la liberté de choix des parents, c’est entretenir une forme d’illusion qui aboutit à l’immobilisme » indique Madame Vallaud Belkacem dans les colonnes du Monde. Cette mesure ne remettrait en cause nulle liberté. Chaque parents, dans le cadre commun à tous, pouvant choisir de scolariser ses enfants dans l’enseignement public ou privé.

Bien évidemment, ces quelques mesures d’urgence ne suffiront pas à régler la question de la mixité sociale à l’école. La ségrégation scolaire, comme j’ai eu l’occasion de l’exprimer lors de mon passage sur Sud Radio, est l’un des principaux maux de l’école. Il faudra du temps pour la faire disparaitre.

L’abrogation de l’ensemble des contre-réformes organisant la mise en concurrence des établissements est un préalable. Ce sont elles qui insidieusement créent une hiérarchie entre établissements favorisant les pratiques de contournement scolaire de la part des familles les mieux dotées en capital social et culturel. La lutte contre les processus de ségrégation scolaire passe ainsi par le renforcement du cadre républicain, garant de l’égalité d’accès et de contenus pour tous les élèves, quel que soit l’établissement dans lequel ils sont scolarisés.

Une refonte de la carte scolaire est également nécessaire. Sa suppression en 2007 par Nicolas Sarkozy a engendré une multiplication des dérogations comme l’a par exemple montré le sociologue Choukri Ben Ayed. La carte scolaire n’a depuis jamais été véritablement rétablie. Ses contournements demeurent faciles, sa mise en oeuvre dépendante de l’action des collectivités locales. La ministre de l’éducation revendique son inaction. « Je ne vais pas engager une énième refonte de la carte scolaire » déclarait-elle en novembre dernier en annonçant des « expérimentations » dans plusieurs départements.  La refonte de la carte scolaire, passant par l’établissements de secteurs plus vastes, devra pourtant être engagée, confiée à un groupe de travail associant représentants du ministère de l’éducation nationale, du logement, des transports, universitaires et élus locaux . La lutte contre la ségrégation scolaire passe en effet par la mise en oeuvre d’une politique du logement et des transports. Comme toujours, tout projet pour l’école procède d’un projet de société. Celui d’une école de la mixité conduit ainsi à s’engager résolument pour l’égalité. Droit au logement et à la mobilité vont alors de pair avec accès égal à un service public de l’éducation de qualité pour tous.

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Une réflexion sur “Mixité sociale : il existe des solutions immédiates !

  1. Bonjour,

    On mélange beaucoup de choses, comme débattus sous l’article de Piketty dans le Monde.
    L’Education nationale a vocation à faire apprendre. Pourquoi imposer cet objectif de mixité soit disant sociale (en réalité ethnique) aux enfants ? Pourquoi pas aux parents (vacances en camping obligatoires, utilisation du train obligatoire) ? Sans le dire, on est dans des logiques de quota. Pourquoi écarter la solution simple de classes de niveau ?

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