Vive le baccalauréat !

Tribune parue sur L’Obs – Le Plus, à retrouver ici

Fustigé par les chantres du déclin nostalgiques de l’entre-soi des dominants, dénoncé par les « réformateurs » qui voient en lui un archaïsme, le baccalauréat est un objet de représentations témoignant de la diversité des conceptions politiques de l’école.

Sa définition constitue en effet un enjeu majeur pour quiconque aspire à un projet éducatif cohérent. Charnière entre le secondaire et le supérieur, le baccalauréat constitue également une sorte de clef de voûte dont la disparition ou la modification pourrait conduire à l’effondrement de tout un système.

Un diplôme synonyme d’égalité pour tous

Diplôme national, basé sur une évaluation ponctuelle et anonyme, le baccalauréat demeure garant de l’organisation républicaine du service public d’éducation. Il oblige aux programmes et aux horaires nationaux. Il est, de Mayotte à Paris et de Brest à Marseille, synonyme d’égalité pour tous ses candidats. Aussi, dès lors que ses fondements républicains sont remis en cause, la mutation du système éducatif est engagée.

Depuis 2013, l’évaluation des langues étrangères en filière générale se fait dans le cadre des établissements où sont scolarisés les futurs bacheliers. Dans la grande majorité des cas, les évaluateurs peuvent être leurs anciens professeurs. Ce qui dans ce cadre est pudiquement appelé contrôle en cours en cours de formation (CCF) relève en outre de la logique du contrôle continu.

Ces remises en cause de l’anonymat et du caractère ponctuel de l’épreuve vont de pair avec son organisation locale. Des sujets différents sont en effet élaborés dans chaque lycée, portant cette fois atteinte à la dimension nationale du diplôme.

La territorialisation du baccalauréat participe de celle mise en œuvre par les contre-réformes des rythmes scolaires et du collège. Installant progressivement une école à géométrie variable, le gouvernement risque de porter atteinte à la reconnaissance sociale du diplôme. L’organisation des épreuves à l’échelle de l’établissement, propice à toutes les interventions, conduit en effet à modifier les conditions de son obtention.

Vers l’instauration d’un marché éducatif

Combien de récits avons-nous entendus relatant ces proviseurs, inquiets des taux de réussites de leurs lycées, cherchant à influencer les évaluateurs en demandant aux enseignants de leurs établissements de remonter les notes en langue ou dans le cadre de l’évaluation des travaux personnels encadrés (TPE) ? Dès lors qu’il n’est plus républicain, quelle valeur pourrait encore avoir le baccalauréat dans un pays où les inégalités entre établissements ne cessent de s’aggraver ?

Une telle évolution risque surtout de participer à l’instauration d’un marché éducatif, régi par ce que le sociologue Christian Laval appelle une « logique concurrentielle » où des effets de marques d’établissements sont à mêmes de diriger les familles et les élèves vers tel ou tel lycée perçu comme plus ou moins « bon »… en fonction de ses taux de réussite au baccalauréat.

L’ensemble des dispositifs renforçant d’ores et déjà l’autonomie des établissements concourent à installer ce cadre.

Menacé dans son caractère national, le baccalauréat pourrait également se vider progressivement de sa substance disciplinaire. Déjà le nouveau brevet, introduit par la réforme du collège, conduira dès sa prochaine édition à la marginalisation des disciplines au profit d’une évaluation fondée sur la maîtrise du socle commun.

Moins d’épreuves, c’est plus économies

Alors que la même logique des compétences est en passe de se généraliser au lycée, qu’adviendra-t-il d’un diplôme reposant sur des épreuves disciplinaires ?

Alain Juppé propose quant à lui de réduire le baccalauréat à « 4 ou 5 épreuves ». La vision minimaliste rejoint alors la finalité budgétaire. Moins d’épreuves, c’est plus économies. C’est déjà cette même logique, initié par la droite et poursuivie par Hollande, qui a conduit à la contre-réforme du bac pro en 3 ans, retirant aux lycéens de la voie professionnelle une année de scolarité.

Les transformations du baccalauréat laissent donc entrevoir une profonde mutation. Au-delà du nouveau modèle éducatif qui s’esquisse, ce sont les finalités sociales de la scolarité qui sont renversées.

Alors que défini comme diplôme national, le baccalauréat est reconnu comme qualification pourvoyeuse de droits par les conventions collectives et garantit l’égal accès à l’enseignement supérieur de ses titulaires, devenu un certificat délivré localement, il verrait sa valeur devenir relative et périssable.

Défendre une conception égalitaire de l’école

Ce projet est celui des libéraux. Il rejoint d’une certaine façon une inversion des normes semblables à celle qu’introduit la loi El Khomri dans le monde du travail : le certificat d’établissement remplacerait le diplôme national comme l’accord d’entreprise se substitue au Code du travail.

La perspective de droits séparés est bien là quand le rapport Stranes, commandé par la ministre de l’Éducation Najat Vallaud-Belkacem et rendu en septembre 2015, préconise de mettre fin à l’égal accès au supérieur des bacheliers de l’enseignement général, technologique et professionnel, le conditionnant pour ces deux dernières catégories à l’examen préalable de leur dossier.

La défense du baccalauréat, comme diplôme national, est donc celle d’une conception égalitaire de l’école et d’un enseignement fondé au lycée sur des savoirs attachés à des disciplines. De ses modalités, républicaines ou territoriales, et de ses fins, émancipatrices ou utilitaristes, dépend l’essentiel d’un projet éducatif que le baccalauréat entend ponctuer.

Que vive le bac pour que vive l’école de l’égalité ! Courage et vœux de succès à tous les bacheliers à quelques jours de leurs épreuves.

Paul Vannier et Francis Daspe

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