De quoi Surcouf est-il le nom ?

Jeudi 2 juin 2016 à Saint-Malo. Des parents d’élèves sont rassemblés devant les grilles du collège Surcouf. Ils protestent contre la fermeture annoncée de l’établissement de leurs enfants. Classé en éducation prioritaire, il est, avec 250 élèves, l’un des plus petits de la ville. Le Conseil départemental a décidé sa fermeture.

Des collégiens sont là, mêlés à leurs parents. Le Télégramme décrit la scène. « Tout se passait relativement dans le calme quand, à 9 h 45, décision a été prise de forcer le cordon de jeunes et d’adultes pour, à l’aide de grandes pinces, faire sauter les cadenas ». L’action des forces de l’ordre est très musclée. Des policiers empoignent les élèves, les poussent, les pressent. On entend des parents appeler au calme et à la retenue vis à vis des enfants. Rien y fait, l’intervention dégénère.

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Onze collégiens sont blessés et trois hospitalisés pour des luxations et des fractures. Le chef d’établissement demande la mise en place d’une cellule psychologique pour venir en aide aux collégiens traumatisés. Il faudra quatre jours de réflexion à Najat Vallaud Belkacem pour qu’elle déclare qu’il n’est « pas normal que des élèves soient blessés » dans « une manifestation pacifique ». Très loin des promesses de 2012, de la priorité à la jeunesse et à l’éducation, l’épisode Surcouf révèle les fondements d’une politique qui se décrit en un mot : austéritaire.

Surcouf c’est d’abord un collège qui ferme. La décision en revient au Conseil départemental, propriétaire des locaux, mais ne saurait être comprise en dehors d’un contexte marqué par la baisse drastique des dotations de l’Etat aux collectivités locales. Asphyxiées, ces dernières diminuent leurs dépenses et ce petit collège a fini par représenter un « cout » trop important. Mais en Ile et Vilaine, dirigé par le Parti socialiste, le Conseil départemental administre avec zèle l’austérité gouvernementale. Ainsi pour Franck Pichot, son vice-président et théoricien des bénéfices de la fermeture des établissements scolaires, « une réelle mixité sociale est davantage susceptible de porter ses fruits en fermant Surcouf ». En somme, une austérité socialement vertueuse. Il fallait bien la langue de plomb d’un baron solférinien pour articuler si lourde démagogie.

Surcouf, c’est aussi un collège classé en éducation prioritaire. Le seul de ce type à Saint-Malo. Son devenir est de ce point de vue conforme à celui de dizaines d’autres établissements, privés de leurs moyens à l’occasion de la réforme des Réseaux d’éducation prioritaire (REP). Ici, la fermeture est plus radicale. Mais l’effet est le même : des conditions d’apprentissage dégradées. Les élèves de Surcouf n’iront qu’à aller s’entasser dans les classes déjà surchargées des autres établissements de la ville.

La mobilisation des parents d’élèves et des collégiens de Surcouf s’inscrit donc dans le cadre de ces si nombreux combat d’intérêt général menés à travers le pays pour la défense du service public d’éducation. Surcouf, est d’abord victime de la politique d’austérité qui frappe l’éducation nationale comme toutes les administrations publiques. Mais ses élèves le sont aussi de l’autoritarisme du gouvernement.

C’est en effet à coups de matraques que s’assène désormais la politique de Hollande et de Valls. Rémi Fraisse en est mort. Des jeunes manifestants en ont perdu la vue. Désormais c’est sur des enfants que les coups pleuvent.

Si certains, malgré l’état d’urgence, malgré sa prolongation, avaient encore l’illusion de pouvoir échapper à la répression, l’épisode malouin leur apporte un brutal démenti. Personne n’est à l’abri. La sureté de l’ensemble de la population est aujourd’hui interrogée. Rappelons nous comment, il y a quelques semaines déjà, des cortèges lycéens opposés à la loi travail avaient été durement réprimés à Paris et l’un des adolescents manifestant frappé en pleine rue par la police.

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Austérité et répression. Voilà qui résume, en matière éducative comme ailleurs, la politique du gouvernement. La première urgence est de démettre les responsables de l’état d’irresponsabilité dans lequel semble aujourd’hui devoir agir une police épuisée. Le ministre de la matraque, Bernard Cazeneuve, met en danger nos concitoyens et nos enfants. Il doit démissionner avant qu’un autre drame ne se produise. Pour le reste, la campagne présidentielle qui s’ouvre est l’occasion de formuler un nouveau projet éducatif, à rebours des de la politique menée depuis 2012. Voilà la tache de tous les insoumis à la situation que connaît aujourd’hui l’école. Nous avons moins d’un an pour y parvenir.

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