Un travail éducatif ne s’assène pas à toute force

Tribune parue dans l’Humanité le 23 janvier 2015, à retrouver ici.

Après Charlie Hebdo, l’école républicaine a-t-elle failli ? Par Francis Daspe et Paul Vannier, responsables de la commission éducation du Parti de gauche.

Pour Najat Vallaud-Belkacem, l’école « n’a pas été à la hauteur ». Bruno Le Maire déclare : « Elle a failli. » Le FN dénonce les enseignants qui « ont fait une véritable propagande pour Charlie ». 200 incidents ont émaillé les hommages aux victimes des assassinats. C’est trop. Chaque expression délictuelle, chaque débordement doit être sanctionné. Mais 200 incidents dans 64 000 établissements (soit dans 0,3 % d’entre eux), c’est d’abord une leçon incontestable : la jeunesse de ce pays n’est pas emportée par quelque lame de fond que ce soit si ce n’est celle d’un attachement au principe de liberté. Elle était là, nombreuse, dans les manifestations du 11 janvier pour exprimer son rejet des crimes commis. Les partisans de l’union nationale campent sur leurs postures d’autorité. La fermeté de la ministre socialiste répond aux coups de menton des députés UMP. Ensemble, ils donnent un écho amplificateur à des actes isolés et dans la poursuite de leur dialogue écartent toutes questions relatives à la politique pénitentiaire, étrangère et budgétaire du gouvernement. Najat Vallaud-Belkacem, sur un ton martial, déclenche une « grande mobilisation pour l’école », précipite les enseignants en « première ligne » de la « défense » des principes républicains. L’éducation à la citoyenneté est bien l’une des missions fondamentales de l’école de la République mais elle ne se confond 
pas avec une opération de communication. L’instrumentalisation politique de l’école va à contresens du travail éducatif. Le courroux suscité par certaines réactions adolescentes témoigne d’une profonde ignorance du métier. Les pédagogues savent qu’un enseignement ne s’assène pas à toute force, qu’il nécessite temps et dialogue. Ils savent qu’il faut toujours mettre à distance l’émotion. Qu’une provocation trahit souvent une détresse. Dans un moment aussi difficile, suscitant autant d’interrogations et d’angoisse, il n’y a jamais « trop de questionnements de la part des élèves ». Chez la grande majorité d’entre eux au contraire, ces questionnements témoignent d’une volonté de comprendre. Dans la classe, mis en commun, ils sont une expression républicaine. Le gouvernement a supprimé des programmes de première scientifique le chapitre d’histoire intitulé « la République, les religions et la laïcité depuis les années 1880 ». En série technologique, il a mis fin à l’enseignement de la philosophie. Autant d’atteintes aux principes républicains. Najat Vallaud-Belkacem vante la mise en place de référents laïcité. C’est bien davantage la formation initiale et continue de l’ensemble des personnels de l’éducation nationale qu’il faudrait renforcer. Mais pour cela, il est vrai, qu’il faut des moyens. L’union nationale apparaît pour ce qu’elle est : un moment politicien. Elle rassemble tous les pompiers pyromanes de l’école de la République. Tour à tour, les uns et les autres ont capitulé devant les principes. Il faut abroger la loi Carle votée par l’UMP et prolongée par le PS, il faut mettre fin au Concordat qui reconnaît le délit de blasphème en Alsace-Moselle et que chacun a préservé. Il faut enfin faire advenir le principe « fonds publics à l’école publique ». « Dans un moment aussi difficile, suscitant autant d’interrogations 
et d’angoisse, il n’y a jamais “trop de questionnements de la part des élèves” ».

Francis Daspe et Paul Vannier.

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