Le périscolaire payant partout, c’est maintenant ?

Tribune parue dans Libération le 29 octobre 2014, à retrouver ici.

Aujourd’hui, le Parlement examine l’article 55 du projet de loi de finances pour 2015. A travers celui-ci, le gouvernement Valls s’apprêtait à liquider l’essentiel du fonds d’amorçage pour la réforme des rythmes scolaires. Devant le tollé suscité, le Premier ministre a annoncé, devant le Sénat, mardi, qu’il maintiendrait pour 2015 ce fonds. Les 300 millions d’euros dégagés en gage de soumission à Bruxelles et pour payer les cadeaux du «pacte de responsabilité» au Medef ne seraient pas sans conséquences sur la nature même de l’école publique.

Le fonds d’amorçage comprend jusqu’à présent un socle de base de 50 euros par enfant et une part majorée de 40 euros aux communes en difficultés.

Le gouvernement Valls s’était engagé. Le 7 mai, le ministre de l’Education nationale d’alors, Benoît Hamon, confirmait la reconduction du fonds d’amorçage pour l’année scolaire 2015-2016. Si ce fonds n’est pas maintenu, dès la rentrée prochaine, les maires devront choisir : augmenter la fiscalité locale ou rendre payant l’accès au temps périscolaire. Directement ou indirectement, les familles auront à payer. A Lyon, l’accès au temps périscolaire est déjà facturé aux parents 120 euros en moyenne par an et par enfant.

La priorité de François Hollande à l’éducation, c’est donc la fin de la gratuité du temps passé à l’école. D’ailleurs, celle-ci était dans le décret laissée au libre choix des communes. C’est aussi une école inégalitaire où, en fonction des moyens, en fonction des communes, seront proposés, ici de véritables ateliers animés par des professionnels, là des garderies surpeuplées encadrées par des personnels non formés ou, pire, rien. Pour légitimer la réforme, Najat Vallaud-Belkacem brandit l’«intérêt de l’enfant». Argument d’autorité qui a fait son temps. Il est dérisoire. Les témoignages, l’expérience, tout indique que la réforme fatigue davantage les écoliers. Contre cette tentative de dépolitisation du débat, il faut revenir aux véritables enjeux de la réforme.

La territorialisation de l’école est l’un des instruments de l’austérité. Pièce d’un vaste assemblage, la réforme territoriale, elle, organise la pénurie à tous les étages. L’Etat ne doit pas abandonner le financement de sa réforme au moment même où il diminue de façon drastique ses dotations aux collectivités locales : moins 3,7 milliards d’euros dans le budget 2015, et notamment moins 2,07 milliards d’euros aux communes, celles-là mêmes qui sont appelées à financer la réforme des rythmes scolaires.

Austérité oblige, il faudra arbitrer : financer l’achat du matériel, les sorties, la réfection de l’école ou bien l’organisation du temps périscolaire. Pour réduire la dépense, certains recourent déjà à des prestataires de service, engageant la marchandisation de l’école. A Alfortville, le sénateur et maire socialiste Luc Carvounas, a lancé un appel d’offres, comme pour n’importe quel marché public, pour organiser le temps périscolaire de sa commune.

L’austérité administrée par la territorialisation n’est pas un projet pour l’école. C’est une politique soumise à la finance qui déstructure l’école comme bien commun et lieu du savoir universel. Porosité et confusion savamment entretenues entre temps scolaire et périscolaire sont ainsi sources de graves remises en cause à l’heure où est imposé un socle commun de compétences. Voilà qui inquiète jusqu’à l’ancien ministre de l’Education nationale Jack Lang qui réclamait, sur France Inter le 22 octobre, «un plan ambitieux pour les arts et la culture à l’école».

Nous qui voulons construire l’école de la VIe République, celle de l’égalité et de l’émancipation, nous abrogerions le décret sur les rythmes scolaires et lancerions une concertation pour mettre en œuvre un véritable service public du périscolaire financé par l’Etat, cadré nationalement et mise en œuvre par des personnels formés sous statut. Rejetée par l’ensemble des acteurs éducatifs, «dévitalisée» par le gouvernement lui-même, cette réforme destructrice de l’école républicaine doit être abandonnée. Il est encore temps de faire reculer le gouvernement !

François Cocq et Paul Vannier.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s